Une candidature qui fracture (bis)

Faire de la politique, c’est notamment s’exprimer sur l’actualité. J’ai ressenti le besoin de mettre par écrit la réaction qui a été la mienne à la lecture des articles de presse relatifs  à la candidature de Vincent Le Meaux. Entendons-nous bien : il s’agit d’une analyse relative à la démarche de l’homme politique. Ayant eu le sentiment, après coup de l’avoir rédiger sous l’emprise de la colère, parfois mauvaise conseillère,  j’avais fait le choix en effet de le retirer. La presse a depuis fait son travail… Par conséquent, et par souci de transparence, il me paraît utile de permettre à ceux qui le souhaitent l’accès à cet article afin de replacer dans le contexte de la rédaction les extraits repris par un journal et qui, à leur seule lecture, donne une vison tronquée de mes propos. Le voici donc.

Un événement de taille est attendu au 1er janvier prochain. Sans consulter les citoyens, le préfet a fait le choix de passer de 30 à 9 communautés de communes dans les Côtes d’Armor. Ainsi la communauté de communes de Guingamp va fusionner avec pas moins de 6 autres cdc (Callac, Bourbriac, Belle-Isle-en-Terre, Bégard, Pontrieux et Paimpol). Je me suis déjà exprimé sur ce sujet, en regrettant la manière de faire et la taille de cette nouvelle entité qui comptera désormais 75 000 habitants et pour laquelle on veut nous convaincre d’une complémentarité entre l’Argoat et l’Armor. L’heure n’est plus à la polémique… Il faut maintenant intégrer cette nouvelle agglomération bien qu’elle ne repose même pas sur les limites administratives du Pays de Guingamp. Dont acte.

Acte II : l’élection du ou de la président(e) qui prendra ses fonctions dans 12 semaines. Qui va voter ? Pas les citoyens, nous l’avons dit. Ni l’ensemble des élus municipaux des 57 communes bientôt réunies. Seuls quelques 80 élus, qui sont déjà élus communautaires et qui seront désignés, dans les jours qui viennent, au sein des conseils municipaux dont ils sont issus. Ils désigneront leur président(e) et siégeront pendant 3 ans (jusqu’aux prochaines élections municipales de 2020). Ils seront par ailleurs essentiellement masculins ; peu de femmes élues vont « survivre » (pas d’obligation de parité entre autre). C’est plus que regrettable, disons-le ! C’est un manquement !

Une nouvelle équipe communautaire va donc prendre les rênes. Sa principale mission sera d’organiser la nouvelle agglomération en harmonisant les compétences actuelles des 7 anciennes cdc. Pour cela, il faut un(e) président(e) qui rassemble et qui démontre son envie de faire de la politique, à cette échelle, dans un esprit de rassemblement, en étant porté par une logique de construction avec l’ensemble des élus et surtout plus dans une logique de clivage dont les citoyens en ont plus qu’assez…

D’autres échéances électorales à venir s’annoncent et n’invitent pas à l’optimisme au regard de la manière dont s’y prennent les candidats justement. Une volonté de changement dans les pratiques est attendue. Davantage de transversalité, d’horizontalité, d’esprit de coalition, de compromis permettraient d’affronter les  enjeux d’aujourd’hui et de demain.

Face aux tentations qu’exerce l’extrême-droite sur l’électorat, l’heure est au rapprochement, à la co-construction,  à l’intelligence collective de la part des élus. Et ce à tous les niveaux de la sphère politique. Les principes républicains doivent nous animer et nous permettre de régénérer, de revoir nos  pratiques, de développer l’esprit collectif. Je partage l’avis de Cohn-Bendit qui écrivait dans son ouvrage « Et si on arrêtait les conneries » : « La réalité, c’est que le FN se nourrit au premier chef non pas d’une supposée complicité entre la gauche et la droite, mais de la guéguerre permanente entre elles, qui débouche sur une paralysie mutuelle. Dès que l’une est au pouvoir, l’autre ne pense qu’à entraver son action, dans l’espoir d’un retour de balancier ».

Aujourd’hui, l’actualité politique du jour me fait penser à ces guerres de clochers ravivées à l’initiative d’un seul !  Après avoir lu la presse, je souhaite réagir. Vincent Le Meaux annonce sa candidature à la présidence de cette nouvelle agglomération « guingampo-paimpolaise ». Une telle démarche pouvait avoir une légitimité à la condition d’une concertation préalable. Il n’en est rien, nous voici de retour au 20ème siècle !

Je ne participe pas au comité de pilotage chargé de l’organisation de la future agglomération. Ce comité réunit très régulièrement depuis de nombreuses semaines les présidents des 7 communautés de communes amenées à se marier. Ils sont, chacun(e), accompagnés de deux vice-présidents (ainsi Bernard Hamon, président de Guingamp Communauté, est entouré dans sa tâche de Rémy Guillou et Philippe Le Goff, les  maires de PLouisy et Guingamp). Des retours qui me sont faits sur ces séances de travail, je retiens l’esprit collectif constructif et l’envie de travailler ensemble. De quoi se réjouir ! Ainsi, des élus positionnés sur l’échiquier politique à gauche comme au centre-droit ou à droite, démontrent leur capacité à travailler ensemble.

Or, la démarche de Vincent Le Meaux relève de l’irresponsabilité car elle vient de réduire à néant cette dynamique positive.

On apprend ainsi  (cf. Le Télégramme et Ouest-France) que le secrétaire fédéral des Socialistes costarmoricains ne veut plus être leader d’une minorité : celle qu’il conduit actuellement au Conseil départemental.  Il souhaite visiblement tenter sa chance ailleurs… espérant présider la nouvelle entité Guingamp Paimpol.

38 ans, jeune donc, politicien professionnel aguerri, il est difficile de s’étonner d’une telle ambition quand on bénéficie incontestablement d’une expérience d’élu, notamment comme ancien premier vice-président de la majorité Le Breton au Conseil général …

Or, la manière de faire est clairement et consciemment assumée : provoquer indirectement les hostilités… Vincent Le Meaux préfère la logique d’appareil en s’adressant à ses militants socialistes et en tweetant publiquement ses intentions. De fait, ses collègues du comité de pilotage sont mis devant le fait accompli. Ce dernier comité doit se retrouver dans quelques jours. On peut d’ores et déjà imaginer l’ambiance… Comment poursuivre la construction de manière apaisée ? La guerre est déclarée ! Il y aura de fait au moins deux candidats à vouloir briguer la nouvelle présidence : toute tentative de coalition a été mise à mal par un simple communiqué. D’une candidature imposée résultera une réaction. Je sais déjà de nombreux maires agacés de la démarche : encore un candidat porté par un appareil, mal en point et avide de revanche. Quel occasion manquée : il fallait faire de cette élection « interne », une démonstration de rassemblement !

Vincent Le Meaux a refusé le principe d’une équipe dirigeante « coalisée ». C’est une erreur … tellement peu étonnante quand on est encore animé d’un esprit de clivage et d’appareil. Les citoyens attendent une autre manière de faire, une mise en commun des compétences au profit de l’intérêt général ! Pas de combats de coqs !

Morigéner l’actuelle majorité du département en déplorant ne pas « être écouter » prête à sourire… Vincent Le Meaux n’aime pas perdre… La défaite peut être salvatrice pourtant, en amenant parfois à resipiscence. Visiblement, il n’en est rien…  Dans tous les cas, il joue gros. Perdre cette élection serait lourd de conséquence pour sa carrière politique.

 A briguer de fait la présidence, sans chercher au préalable l’adhésion de ses pairs du comité de pilotage, sans chercher à les convaincre de sa capacité à rassembler, il provoque une fracture, un choc frontal entre deux camps : les Socialistes et les autres ! En faisant de la sorte, les perdants se retrouveront encore une fois dans cette logique de minorité impuissante qu’il a décidé de fuir au Conseil départemental. On aurait pu imaginer un président entouré de 15 vice-président(e)s (c’est le nombre annoncé), toutes tendances confondues, prêts à construire l’agglomération de demain, main dans la main. Il n’en sera rien…

Il est urgent d’informer Vincent Le Meaux qu’il est grand temps de changer « d’ère » !

Alors qui pour rassembler les non-Socialistes ? Un(e) élu(e)  non encarté(e) qui s’adresse à la grande majorité de ses collègues qui, comme lui ou elle, n’appartient à aucun parti politique ? L’espoir d’une équipe coalisée étant désormais envolé, reste à trouver celui ou celle qui fédèrera le plus grand nombre d’élus de terrain, loin des logiques de partis.

Pour ma part, je pense à l’un d’entre eux capable de ce défi. Il a déjà fait preuve d’ouverture et de rassemblement en permettant à des élus « de tout bord » de s’assembler et en veillant même à ce qu’un élu d’une minorité municipale puisse accéder aux responsabilités. (Ce que Vincent Le Meaux n’a pas fait en tant que président de la cdc de Pontrieux : le maire de Ploëzal aurait pu porter une vice-présidence de minorité. Non, tout a été verrouillé, seuls les acolytes socialistes ont été adoubés….)

C’est homme que je crois capable de fédérer, m’a fait confiance et m’a accordé une vice-présidence à Guingamp Communauté en avril 2014. Rien ne semblait nous rapprocher… Lui, chef d’entreprise, moi fonctionnaire, lui dans un esprit d’activité économique à tout prix, moi dans l’idée d’un développement « maîtrisé »… Nous avons appris à nous connaître, à nous apprécier … Il est pour moi celui qui peut rassembler les maires des « petites » communes. Fort de son expérience à la tête de Guingamp Communauté, il saura mesurer les enjeux du territoire, dans lequel la ruralité ne doit pas être oubliée.

> Bernard Hamon, à toi de jouer désormais !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

merci de réaliser ce calcul pour valider votre commentaire * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.